Tout a commencé par un jeu imaginé par un ingénieur, A. K. Dewdney, dans un article de Pour la Science, dans les années 60. Dewdney décrivait une application ludique inspirée de l’univers des gladiateurs (Core War) : deux programmes se combattaient, chacun infectant l’autre jusqu’à ce qu’il « plante ». Dans les années 80, certains mirent en pratique le concept de Dewdney dans le monde réel. Deux Pakistanais, les frères Alvi, vendaient aux touristes américains des copies de logiciels à bas prix. Par ce biais, le virus Brain devint un habitué des campus universitaires et sonna la première alarme. Fin 1998, IBM fut touchée à son tour. À Noël, chaque membre de la compagnie reçut un message accompagné d’un programme appelé CHRISTMAS (Noël), qui effaçait le contenu du disque dur aussitôt qu’il était lancé.   

Au début des années 90, le Pentagone employa cette arme pour déstabiliser l’ennemi. Peu avant qu’éclate la guerre du Koweït, un virus fut lâché en Irak, provoquant de sérieux dégâts dans les systèmes informatiques.   

Le phénomène des virus est devenu médiatique au début de l’année 1992 avec le spectre de Michelangelo, qui entrait en vigueur le 6 mars, date d’anniversaire du maître italien. 15 millions d’ordinateurs étaient menacés par cet intrus. Au final, ils ne furent que 200 000, les éditeurs d’antivirus ayant multiplié les protections.   

Le phénomène a toutefois pris un coup d’accélérateur avec Internet. Depuis 1998, l’e-mail est devenu le plus grand vecteur de diffusion de virus. Une faille dans le logiciel de messagerie Outlook de Microsoft est en partie responsable d’une telle prolifération.   

En mars 1999 est apparu Melissa, un virus dissimulé dans un message proposant une liste de sites pornographiques. Melissa scrutait le carnet d’adresses de l’utilisateur et se réexpédiait à 50 correspondants. Ceux-ci, croyant qu’il provenait d’un ami, l’ouvraient et le renvoyaient à leur tour, provoquant une réaction en chaîne. En une semaine, six millions d’ordinateurs furent infectés. Par la suite, CIH, également appelé Tchernobyl, a volé la vedette à Melissa avec des conséquences plus dévastatrices encore, allant jusqu’à infester les PC d’organismes gouvernementaux dans des pays tels que la Corée.  

Au début de l’année 2000, c’est le virus I love you qui a semé la panique. Créé par un programmeur de Manille (Philippines), il s’est répandu comme une traînée de poudre. Tout comme Melissa, il était envoyé à l’intégralité du carnet d’adresses de l’internaute, à son insu. Lorsque les destinataires ouvraient le message attaché à I love you, ils l’envoyaient à leur tour à tous leurs correspondants. Mais entre-temps, le virus s’était intégré à toutes sortes de fichiers image, son et Internet, les rendant inutilisables. I love you a été suivi par d’autres virus redoutables tel Nimda, qui peut infecter le PC d’un internaute visitant un site Web infecté par ce virus et qui aurait touché 1,3 million d’ordinateurs. Klez, de son côté, se propage par la messagerie et le sixième jour des mois impairs efface des documents du disque.   

Quelle peut bien être la motivation de ceux qui écrivent ces satanés programmes ? Peu avant le passage à l’an 2000, lors d’un grand rassemblement à Las Vegas, certains d’entre eux se sont exprimés publiquement, allant jusqu’à arguer que leur œuvre pouvait être salutaire : les virus auraient en effet pour mérite de mettre en évidence les faiblesses des logiciels, contraignant ainsi les utilisateurs à mieux protéger leurs PC ! Moralité : l’acquisition d’un antivirus est indispensable.